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La course de Damien Grimont, 5ème de la Route du Rhum, vue par... | | Franchissement de la ligne d'arrivée | | Crédit photo : AFP |
Yves Guattari, PDG du sponsor Monbana, Dominic Vittet, le mentor technique, vainqueur de la Solitaire du Figaro 1993, Ludovic Ensargueix, l’un des deux préparateurs du bateau, Alex Tassel, célèbre trompettiste quiberonnais et ami… Tous reviennent sur la très belle performance de Damien Grimont, qui s’est adjugé, la nuit dernière, la cinquième place de la Route du Rhum - La Banque Postale 2010, dans la catégorie Class’40.
Yves GUATTARI, PDG de Monbana : « Cinquième sur 44, c’est comme le podium ! »
« Je lui ai dit au départ : "Je veux que tu montes sur le podium". C’était pour lui mettre la pression quelque part (rires). Mais là, je viens de lui envoyer un e-mail en lui disant "Tu as gagné". Cinquième sur 44, c'est comme un podium ! C'est la même chose pour nous, surtout qu'il a vécu des moments difficiles. J'ai d’ailleurs eu le privilège de recevoir quelques confidences de sa part pendant la course. J’étais très touché quand il m'a appelé dimanche dernier. C’est la première fois que je l'ai au téléphone sur quatre courses à ses côtés. C’est le jour où il a essayé, en vain, de réparer sa barre de flèche. J'ai senti qu'il avait besoin de parler, qu'il était dans un moment de détresse. Je l'ai senti essoufflé. C'était bien qu'on puisse se parler. C'était aussi une marque de grand professionnalisme de sa part que de se confier comme ça, sans concession, à son sponsor. Quand j'ai su qu'il s'était fait mal, je lui ai dit "Repose toi, on s'en fout de la place !" 24 heures plus tard, je l'ai vu remonter au classement. 6ème, 5ème, 4ème... Forcément, ça force l'admiration ! Sa capacité à faire face aux conditions difficiles rencontrées pendant la course a prouvé que c'était un très bon navigateur. C'est un mec qui ne lâche pas. Et puis dès le départ, il a eu du nez, pour se positionner là où il fallait, au bon moment. C’était génial de le voir sortir de la pointe du Grouin en première position.
A l'usine, l’opération a rencontré un gros succès. Au niveau de l'engouement, chaque matin, tous les salariés se jetaient sur l’ordinateur pour savoir ce qu'il faisait, où il en était. Ils ont tout le temps été derrière lui. »
Dominic VITTET, directeur technique : « Un résultat que je qualifierai d’exceptionnel »
« On est tous un peu surpris. Entre le manque de préparation de Damien et celui du bateau, c'est un résultat que je qualifierai d'exceptionnel ! Il a vraiment fait la différence sur son énergie bien qu'étant malade la première semaine. Il a fait des bons choix météo ce qui a été déterminant, tout comme le fait que le bateau était facile à exploiter. C'est un garçon qui a de la ressource, qui nous a montré, une fois de plus, qu'il savait faire marcher sa tête. Cela lui a permis de compenser tous ces points faibles. Je suis très content pour lui et fier de ce qu'il a fait. Il nous a tous fait plaisir.
On a récupéré le bateau très tard. On n'a pas eu trop le temps de le mettre au point. Il a fallu anticiper, imaginer les réglages. On peut dire qu’on en a étudié 95%. Mais sur les 5% restants, il y a une part de risque. On en a eu la confirmation avec le problème de gréement qui est dû à un manque de recul sur la préparation. Mais bon, on est sur une Route du Rhum... C'est une traversée de l'Atlantique, le matériel est soumis à rude épreuve. Là, en plus, il y a eu des conditions difficiles. Mais au mois de novembre, on le sait, c'est souvent comme ça.
La course a été très serrée, éliminatoire. Petit à petit, les bateaux décrochaient par l’arrière, puisque systématiquement ceux devant touchaient plus de vent. Ce qui explique la victoire de Ruyant. Ce genre de course par élimination se joue sur des détails. Quand Damien a passé le front après une semaine de course, il a pété son petit spi, il n'a donc pas pu aller aussi vite qu'il le voulait. C'est là qu'il a décroché sur Ruyant, en perdant une vingtaine de milles. Il était encore sur une bonne trajectoire et pouvait l'accompagner. Après, il a aussi probablement empanné une heure trop tard. Des détails qui paraissent ridicules mais qui font la différence. Il a progressivement perdu du terrain. De 10-15 milles s’est passé à 50 milles, puis 100… c’était imparable.
S’il va partir pour une nouvelle aventure ? Il faut lui poser la question… Le Rhum laisse une empreinte sur la personnalité de chacun, ça vous change un homme. Damien a sûrement eu le temps de réfléchir. Au départ, il partait un peu en se disant que ce serait sa dernière course. Mais il doit aujourd’hui avoir des sensations et des envies différentes de celles qu'il avait il y a trois semaines... Il va aussi devoir faire un choix : être organisateur, ou coureur. »
Ludovic ENSARGUEIX, préparateur du bateau : « Sa plus grande victoire est d’avoir pris du plaisir »
« J'ai trouvé sa performance plutôt étonnante pour un navigateur expérimenté mais qui a finalement peu navigué. J’ai vraiment été agréablement surpris. Il a été très combatif. Il a dû vivre des moments galères parce que ce n'était pas une transat facile, loin de là. Mais le fait qu'il ait été dans le match tout du long a dû remplacer ce côté agréable de la voile, sous spi, avec des alizés et du surf. Il a peut-être aujourd'hui une pointe d'amertume vis-à-vis du podium, parce que ça reste un grand compétiteur dans l'âme, mais je crois que sa plus grande victoire est sans doute d'avoir pris du plaisir.
Il était certainement moins bien préparé que la dernière édition, avec un projet ayant moins de recul, mais il a réussi à faire mieux. Chapeau ! Je pense aussi qu’il avait déjà gagné sa course en prenant le meilleur départ. C'est la base de toute la régate. Si tu prends un bon départ, tu es dans le match tout de suite.
S’il a sur tirer le maximum du bateau ? Je pense que oui. Connaissant Damien, il a un sens marin suffisamment développé pour lui permettre de savoir jusque dans quelle mesure il peut tirer sur son bateau. Je pense aussi qu’il avait confiance dans la construction et la préparation. Ça a aidé. Et puis de toute façon, il n’est pas du genre à faire les choses à moitié ! Après, c'est sûr que si on avait eu un peu plus de temps, on aurait pu améliorer certains points pour qu'il aille plus vite.
Je sais qu'il a toujours cette envie de faire de la voile, qui est un moment de liberté pour lui. Toujours cet esprit de compétition, qui va peut-être le motiver à faire d'autres courses. Ça va aussi dépendre de son état physique à l’arrivée… Moralement, ça doit aller, physiquement, il doit être fatigué. Dans quatre ans, il n’aura même pas cinquante ans, alors pourquoi pas ! Mais je le vois plus sur des courses en équipage, en double, plus reposantes. »
Alexandre TASSEL, trompettiste quiberonnais et ami de Damien : « La grande classe ! »
« Je trouve que ce qu'il a réalisé est carrément hallucinant ! Ceci dit, je ne doutais pas que c'était un mordu, qu'il en voulait et qu'il ne lâcherait pas. Le seul regret que j'ai pour lui c'est les 50 milles perdus à l’empannage, qui lui manquent aujourd'hui pour monter sur le podium. Je suis admiratif et super fier de lui. Il a fallu des nerfs d'acier et beaucoup de courage pour faire cela. C'est la grande classe ! Je me dis que c'est dommage qu'il ne se considère que comme un simple skipper amateur, parce qu'il a le talent des grands. Mais bon, on ne peut pas non plus tout faire en même temps !
J'étais sûr au départ qu'il ferait quelque chose de bien, mais je ne pensais pas qu'il serait assez prêt. Avec tout ce qu'il l'a accaparé avant : le Happy Baie, ses ports, les courses qu'il organise, je sentais qu'il aurait voulu se préparer mieux que ça. D'ailleurs, pour l'anecdote, sur l'une des sorties en mer de préparation, sur laquelle il m'avait invité, je me suis retrouvé à barrer de longs moments pour pouvoir lui permettre de répondre à des coups de téléphone urgents. Mais, encore une fois, il nous a montré qu'il savait aller au bout de ses idées. »
Christine MOURA, directrice de l’école primaire des Corallines à Arradon : « Les enfants ont adoré le suivre et l’attendent maintenant avec impatience ! »
« Tous les jours, les enfants sont allés à la salle informatique et ont envoyé à Damien plein de messages de soutien, parfois même des poèmes. On a d’ailleurs reçu une réponse de sa part, juste avant le pont du 11 novembre. Les enfants étaient ravis ! La classe de CE2-CM1, où est présente sa fille Maud, est celle qui l’a le plus suivi, mais une autre classe de CM1 s’y est également intéressée parce que certains connaissaient ses enfants. On a regardé les articles de presse, le site internet. Ils ont adoré le suivre. Sur la grande carte du parcours qu'on nous a fournie, chaque matin, nous mettions une punaise correspondant à la position du bateau. Maintenant qu’il est arrivé, on lui adresse un grand bravo. Les enfants l’attendent avec impatience ! »
Propos recueillis par Jérémy DELAUNAY |